RESTITUTION DES OEUVRES DE KLIMT ....

Publié le par crevette


 

Plusieurs oeuvres du peintre exposées au musée du Belvédère avaient été extorquées sous les nazis à leurs propriétaires juifs

La formidable rétrospective "Klimt et les femmes", actuel centre d'attraction du tourisme viennois, est aujourd'hui la risée des médias autrichiens. On vient en effet de découvrir qu'une des toiles de l'exposition avait été extorquée, pour une somme dérisoire, en 1939, à un juif viennois obligé de fuir son pays, devenu nazi. La commission de restitution (mise en place par la ministre autrichienne de la Culture en 1998), qui s'est réunie en catastrophe pour régler l'affaire, a finalement décidé que l'oeuvre devait retourner aux héritiers de son ancien propriétaire. Cette décision s'inscrit dans une politique générale de l'Autriche, qui cherche, depuis quelques années, à se racheter. Même si certaines résolutions récentes de non-restitution laissent planer le doute sur la volonté réelle du pays de faire la lumière sur son passé.
L'affaire a bien failli tourner au scandale. En effet, ce tableau, "Dame avec chapeau et boa de plumes", constitue non seulement l'une des pièces les plus captivantes de l'exposition, mais aussi elle avait été choisie pour figurer sur toutes les affiches, billets, site Internet, parapluies et autres produits dérivés qui sont de mise dans ce type d'événement. Avec son titre particulièrement excitant - Klimt ne s'est pas contenté de peindre ces femmes, il en a aussi souvent été l'amant - et ses 150 000 visiteurs en l'espace de deux mois, la rétrospective organisée au musée du Belvédère, qui s'achève le 7 janvier, est en passe de devenir l' «exposition du millénaire». A la grande gloire du directeur de ce ravissant palais, Gerbert Frodl, toujours très fier de voir combien son institution constitue une étape obligée pour les touristes du monde entier.

Ce fidèle serviteur de l'Etat fait maintenant triste figure. «Il faut bien le dire, nous avons fait là une grosse erreur», admet-il, l'air très embarrassé. Avant d'avouer, penaud, qu'il était au courant du passé douteux de sa jolie Dame, bien avant l'impression des affiches... La situation est d'autant plus gênante que la "Dame avec chapeau et boa de plumes" n'est pas le seul tableau d'origine douteuse de sa brillante exposition. Sur les 28 Klimt accrochés au Belvédère (dont la moitié sont la propriété de l'Etat autrichien), 7 auraient été extorqués ou volés à leurs propriétaires juifs à l'époque nazie! Pour deux d'entre eux, les Portraits d'Adele Bloch-Bauer I et II (le premier constitue l'un des joyaux du Belvédère), on savait déjà qu'ils faisaient l'objet d'un procès en restitution. Ils représentent d'ailleurs l'exemple le plus scandaleux de la façon dont l'Etat autrichien traite aujourd'hui la question des restitutions. Ces deux tableaux avaient été commandés en 1919 à Gustav Klimt par un industriel juif viennois, Ferdinand Bloch-Bauer, qui, comme tout bon grand bourgeois de l'époque, trouvait très chic de faire tirer le portrait de sa femme par le peintre le plus sélect de la capitale.

En 1926, Adele meurt. Dans une lettre testament, elle formule le voeu que son mari, après sa propre mort, lègue les deux chefs-d'oeuvre à leur beau pays. En 1938, l'Autriche est annexée par Hitler, et Ferdinand se voit obligé de quitter sa patrie. Réfugié en Suisse, il disparaît en 1946, sans avoir pu récupérer ses biens, confisqués par les nazis et retenus dans les musées autrichiens à la Libération. Dans son testament, aucun mot sur le futur des deux portraits. «Qu'à cela ne tienne! réplique à présent la ministre de la Culture, Elisabeth Gehrer, nous respectons le voeu d'Adele : ces portraits sont et restent propriété de l'Etat autrichien.» Comble du scandale, la dernière héritière des Bloch-Bauer, Maria Altmann, une vieille dame de 74 ans vivant encore aux Etats-Unis, n'a pas pu intenter de procès en Autriche: le tribunal de Vienne lui demandait comme frais de justice la somme exorbitante de 24 millions de schillings (en proportion de la valeur estimée des biens réclamés: 2 milliards de schillings)! Son procès est engagé devant un tribunal américain.

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