LES DESSINS ET CROQUIS

Publié le par crevette

Dans une pièce adjacente à son atelier, des jeunes femmes attendent constamment le bon vouloir du peintre. Cette disponibilité lui permet de les peindre quand il le  désire. Franz Servaes, critique d'art contemporain, observe : <<ici, il était entouré de créatures féminines dénudées et mystérieuses. Pendant qu'il se tenait silencieux devant son chevalet, elles flânaient, toujours prêtes à obéir aux ordres du Maître et à se tenir dans la pose ou le mouvement qu'il avait aperçu et qui avait touché son sens de la beauté. Il capturait ensuite par un dessin rapide la grâce de ce mouvement".

Klimt exécute des croquis préparatoires à la plus grande partie de ses réalisations. Parfois, il exécute plus de cent études pour un seul tableau. Chacune d'elles se concentre sur un détail différent, un morceau de vêtement ou de bijou, un simple geste. Ces croquis gisent, abandonnés, en piles dans l'atelier.


"La Mort de Juliette"  1886
crayon noir avec rehauts de blanc
27.6  x  42.4 cm

Les chats adorés du peintre ont pris l'habitude de les détruire. Pourtant, ils ne sont pas responsables de la disparition de la plupart des cahiers de dessins du peintre. En effet, c'est un incendie dans l'appartement d'Emilie Flöge qui est à l'origine de cette perte. Aussi ne reste-t-il aujourd'hui que trois de ces cahiers. Ils permettent une incursion fascinante dans les préoccupations artistiques et personnelles de Klimt. Dans ses tableaux, la nudité et la sexualité sont couvertes, comme emprisonnées dans des ornements et des tissus, mais partiellement révélées, laissant libre cours aux tentations. A l'inverse, l'érotisme s'affiche ouvertement dans les dessins.

 Du vivant de Klimt, les critiques considéraient déjà ses dessins comme le meilleur de son oeuvre. Mais, contrairement à Schiele qui tirait l'essentiel de ses revenus de ses croquis, Klimt gagnait sa vie presque exclusivement grâce à la peinture. Libre des contraintes et des détails de l'huile, le dessin représentait pour lui un processus préliminaire ou une forme de relaxation, une manière de laisser libre cours à l'inspiration spontanée.


"Tête d'homme allongé" 1886 - 1888
 (peinture de plafond du théâtre impérial viennois)
28  x  43


Ses croquis ne révèlent pas uniquement sa maîtrise de dessinateur. Ils dévoilent une obsession érotique et une liberté sexuelle à l'opposé de la pudibonderie rigide alors dominante. Aucun cadre spatio-temporel ou visuel ne structure ces dessins. Les femmes errent nues dans l'atelier. L'artiste les croque à grands traits, et néglige leur anatomie et les ombres de leur corps. Il attire presque toujours l'attention sur leur sexe ou leur poitrine, par le biais de la perspective, du raccourci, des distorsions et autres techniques formelles. Le dessin de 1905-1906, "Amies  enlacées", constitue un merveilleux exemple de l'effet érotique de quelques traits de crayon. Ici, seul un minuscule cercle sombre entre les jambes du modèle, au niveau des fesses, retient l'attention de l'observateur.

Les femmes sont fréquemment représentées en train de se masturber. Absorbées dans leur propre plaisir, elles ont les yeux clos et le visage légèrement détourné. Elles devaient se sentir pariculièrement à l'aise avec Klimt pour accepter qu'il fìt leur portrait dans une telle position.

                                                              "Couple enlacé"  1901 - 1902
étude pour "La Frise de Beethoven"
crayon noir  45  x  30.8



"Amies de face et de dos"  1905
craie noir  45 x31





"Nu allongé"  1886  1887
étude pour l'autel de Dionysos, crayon noir
avec rehauts blancs, 28,7 x 42,5


Ce dessin démontre les bases solides de Klimt dans le domaine du dessin académique. Le modèle est dans une position allongée qui peut être maintenue pendant des heures si nécessaire, permettant à l'artiste ou à l'étudiant d'atteindre une précisionan atomique et un haut niveau de finition. Il est très différent des poses spontanées et de courte durée que Klimt préferera plus tard pour ses croquis rapides sur le vif. Des années d'entraînement à dessiner d'abord des moulages en plâtre, puis des modèles vivants, garantissaient un grand savoir-faire chez les artistes du XIX siècle, mais avaient aussi tendance à gommer l'individualité. Ce dessin, aussi plaisant et habile soit-il, aurait pu être réalisé par n'importe quel artiste de formation académique, n'importe où en Europe. En dépit de son talent personnel immense, Klimt a été étonnamment long à se débarrasser de sa formation académique contraignante et à développer un style personnel. Ce ne fut qu'à la fin des années 1890, à plus de trente ans, que la personnalité artistique caractéristique de Klimt commença à émerger.




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Zébulon 11/11/2009 22:58


Je suis une vraie fondue de KLIMT, d'UNDERWASSER également qui est plus contemporain. En fait, j'ai une profonde admiration pour les peintres viennois. MERCI POUR CET ESPACE HOMMAGE A CET ARTISTE
GENIAL.